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INTRVIEW - Hichem Rostom l'invité de coujinti.com
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Nous avons rencontré Mr Hichem Rostom, grand homme du théâtre et du cinéma tunisien, à l’occasion de la JCC, Journées Cinématographiques de Carthage. Dans cette interview, il nous raconte son parcours artistique, nous fait plonger dans son monde avec humour et intelligence, ses rêves, ses découvertes, et surtout son amour pour l’art, la culture et le métier d’acteur dans lesquels il baigne depuis son plus jeune âge.
1/ Vous vous êtes intéressé au théâtre à l’âge de 17 ans, et depuis vous avez entamé une carrière très riche, comment avez-vous découvert votre don ?
Le don je l’ai découvert un jour quand j’étais tout petit, en participant comme tout autre enfant du quartier de la Marsa, aux spectacles de déguisements et aux cérémonies qui se manifestaient dans les rues de la ville, à l’occasion du carnaval « halket l’aneb »ou Carnaval du raisin.
 C’était une festivité traditionnelle, culturelle, qui célébrait à l’époque, le roi grec de la vigne et du vin « Dionysos » et au cours de laquelle j’ai essayé toujours de me déguiser différemment des autres, de sortir de l’ordinaire et d’essayer d’exprimer et de jouer le rôle du personnage auquel je me suis déguisé en public … et ce qui me plaisait c’était la réaction des gens quand ils me regardaient, puis mon amour au théâtre s’est exacerbé avec les scouts, mais ma timidité m’a toujours empêché, je n’ai commencé à participer vraiment que lorsque Ali Ben Ayed est venu nous voir au collège Sadiki en 1964 à l’issu d’un discours de Habib Bourguiba sur le théâtre scolaire, dans le quel Bourguiba insistait sur l’importance du théâtre scolaire à l’époque, il lui a donné une ample valeur en disant que le théâtre : « est un puissant moyen de diffusion de la culture ainsi qu’un moyen d’éducation populaire des plus efficaces » et c’est comme ça que je me suis inscrit dans ce mouvement qui s’est répercuté vers le théâtre scolaire et universitaire ..Mais très tôt j’étais pris en main par Ali ben Ayed qui a découvert mes talents de comédien. En 1964, il me propose de participer à la création de Othello de W. Shakespeare qui a inaugurée en 1964 le Centre Culturel International de Hammamet et dont le rôle titre a été interprété par le grand acteur égyptien Jamil Rateb
2-      Pourriez-vous nous raconter votre parcours ?
C’est un peu long mais je vais essayer de vous donner quelques flashs, bon vous savez que j’ai entamé ma carrière de comédien avec Othello et Ali ben Ayed puis on a repris Caligula, on a crée Mourad III et d’autres pièces du répertoire de sa troupe.
Après avoir eu mon baccalauréat j’ai voulu me spécialiser dans le domaine de théâtre et faire mes études supérieures à Paris, alors pour avoir l’accord parental Ali Ben Ayed est intervenu auprès de mon père afin de me permettre de faire du théâtre et me laisser partir continuer mes études à Paris
 A Paris, je me suis inscrits dans une école du cinéma appelée l’IDHEC et c’est là où j’ai ouvert les yeux sur le cinéma, ça nous manquait à l’époque en Tunisie … J’allais voir des western de Burt Lancasteret des films policiers de Eddie Constantine Et après avoir obtenu ma maitrise j’ai préparé mon doctorat en histoire du théâtre pour faire plaisir à mon papa.
Je suis resté en France une bonne période qui allait de l’année 1967 jusqu’à l’année 1992 sans jamais perdre le contact avec la Tunisie évidemment … et durant laquelle j’ai mené ma carrière où j’ai bien pratiqué mon art dans plein de pièces (près de 60 pièces). Je faisais le producteur, le réalisateur, le professeur, le metteur en scène et même directeur de théâtre, toute ma vie se concentrait sur le théâtre, se répercutait sur le théâtre…
Le cinéma ne m’intéressait pas à cette époque comme acteur…jusqu'à ce que le producteur Ahmed Attia m’a proposé de jouer le rôle principal du film « Les Sabots en or» de Nouri Bouzid et ça était l’une des principales raisons de mon retour en Tunisie ! De plus il fallait pour les besoins du rôle revivre le quotidien tunisien, l’affronter , le connaitre de près pour que je puisse me mettre dans le bain du film, et je suis entré dans le cinéma par une grande porte…
Je me suis aperçu que la fréquentation a baissé considérablement depuis «Rih essed », «El halfaouin », Le Silence du palais et Essaida qui a battu tous les records de point de vu public (650 milles spectateurs sans compter le piratage)… « Noria » de Abdellatif Ben Ammar, « La Boite Magique «  de Ridha Béhi, « la Télé Arrive » avec Moncef Dhouib.
Ces dernières années je me suis consacré au théâtre et j’ai été surtout présent dans des productions internationales (« SALADIN » avec la BBC, ou encore récemment « Whatever Lola Wants » du marocain Nabil Ayouch
En 2006 je participe à la pièce de Yasmina Réza « ART » en compagnie de Mohamed Kouka et de Raouf Ben Yaghlène, un succès qui a couvert deux saisons à guichet fermé au théâtre municipal de tunis
Cette saison je joue une pièce sur Ibn Khaldoun écrite par Ezzeddine Madani
 3-      Maintenant, après près de 40 films et 60 pièces de théâtre quels sont vos projets à venir ?
    Il y a deux projets de films qui me semblent intéressants l’un avec Abdellatif Ben Ammar et l’autre avec Ridha Béhi. Par ailleurs je me suis mis à l’écriture de scénarios, dont un long métrage que je réaliserais Inchallah l’année prochaine et un court métrage en cours de préparation et qui sera tourné cet été.
4- Pourquoi on ne trouve pas dans les scénarios des sujets contemporains qui touchent à notre quotidien ?
Ecoutez ! Il ya plusieurs raisons…mais moi je trouve que tout genre de scénario doit exister. Nous n’avons pas en Tunisie d’industrie du cinéma pour pouvoir produire tous ces films mais ne trouvez-vous pas que la compréhension du quotidien nécessite l’exploration du passé, le présent est une suite du passé
5- Malgré qu’on a bon niveau théâtral à l’échelle arabe et que nos films ont toujours participé dans les festivals, pourquoi on trouve des difficultés pour les promouvoir à l’échelle internationale ?
Ce que vous avez dit je le partage parfaitement, sur le plan théâtral nous sommes meilleurs par rapport aux autres pays arabes par ce qu’on fait du théâtre moderne, mais pour le promouvoir il faut des relais.
Pour être universel il faut avant tout de la qualité artistique et quelque chose à dire. La langue n’a jamais causé un problème, juste il faut trouver le moyen adéquat pour les révéler, les communiquer, il faut s’ouvrir sur l’extérieur.
6-      On a appris que pendant ce mois d’octobre vous vous envolez pour le Caire pour participer au tournage d’un feuilleton égyptien du réalisateur Heni Lchine, pourquoi cette déviation vers l’orient ?
Bon, ce projet existe encore, c’est un feuilleton de 30 épisodes qui s’appelle « Assaerouna nyama », mais ce dernier a été ajourné pour une période ultérieure vu qu’il a été prohibé par El Azhar au début, puis plusieurs problèmes se sont enchainés et qui ont causé le changement du réalisateur par Mohamed El Fadhl, et on attend encore la résolution de ces problèmes.
7- Pourriez vous nous donner votre avis sur la fiction dramatique à la télé tunisienne ?
Ça fait un bon moment que je n’ai pas participé à des feuilletons tunisiens, depuis « Amal wa Amani » de Mohamed Ghodbane et « Hsabat wa akabat » de Habib Msalmani , deux travaux qui me tiennent à cœur et qui ont trouvé une grande réussite même ailleurs , mais la fiction dramatique à la télé tunisienne ne trouve pas un souffle nouveau et répète d’une production à l’autre les mêmes clichés, les mêmes grilles de lecture, les mêmes thématiques, ce qui touche l’impacte sur le public et au professionnalisme du métier, donc je vois que la télévision doit réviser tout son système et favoriser un climat encourageant aux créateurs.
8- Peut-on vous voir dans une sitcom ?
J’ai déjà fait une sitcom à Hannibal Tv « café de Jaloul »de Mohamed Dammak mais elle n’a pas eu beaucoup d’audience je crois…
 9- Pourriez vous nous parler des JCC, son histoire, ses bons côtés, ses carences …
Les journées Cinématographique de Carthage est un événement historique, c’est le premier festival du cinéma qui a été crée dans le monde arabe, dans l’Afrique et tout le bassin méditerranéen, à part Cannes, qui a permis aux cinéastes arabes et africains de se faire connaître et de diffuser leurs films en Europe et en Amérique.
On a parfois peur que ses problèmes endémiques de fonctionnement et d’organisation ne fassent péricliter ce festival…Tout le monde doit soutenir les JCC, car les JCC donne l’occasion à tous les talents de s’exprimer ! Pour cette session qui est sous la responsabilité de Dorra Bouchoucha, une productrice très courageuse, très cultivée, très raffinée et qui sait très bien travailler, je crois avoir confiance en une bonne session .
 10- Pour finir et découvrir mieux l’autre facette de notre acteur, pourriez-vous me répondre à ces questions :
·         Quel est le principal trait de votre caractère ? Gentil
·         Quel est celui dont vous êtes moins fier ? Paresseux
·         Les qualités que vous aimez ? La générosité
·         Quelles sont celles que vous détestez ? L'avarice
·         Que possédez vous de plus cher ? ma femme
·         Quel est le moment au quel vous vous trouvez heureux ? Quand je suis avec ma femme et mes petits enfants
·         Si vous étiez un film, le quel choisissez vous ? Autant emporte le vent
·         Si vous étiez une chanson, la quelle sauriez vous ?oh rien de rien oh je ne regrette rien
·         Si vous n’étiez pas un acteur quel métier aimeriez vous faire ? Professeur
·         Il y a-t-il un rôle que vous désiriez le faire ? Le roi Lear de W. Shakespeare
-       Quel est le rôle qui vous tient à cœur ? Impossible à dire.. parce qu’ils sortent tous de mon intérieur et je m’investi beaucoup dedans donc je ne peux pas les juger…on peut dire youssef soltan
-          Quel est le rôle dont vous êtes moins fier ? Un mauvais rôle… je ne sais pas… mais si je vais juger un, nécessairement je vais toucher à tout un travail, je vais impliquer le qualité du scénario, ou de la production
-          Quel est parmi les acteurs tunisien celui qui vous trouvez proche de vous ?
Je ne sais pas vraiment mais j’ai des références, comme Ali Ben Ayed dont je m’inspire de lui en faisant du théâtre, mais pour le cinéma, je dois chercher ailleurs les catégories de références auxquelles je fais appel en jouant tel ou tel rôle, et c’est ce que j’ai fait au cours de mon film  « Wathever Lola Wants » de Nabil Ayouch, l’année dernière je me suis inspiré de Sean Connery… reste qu’ on a de très bon acteurs, de ma génération ( puisque vous me parlez surtout des hommes) je cite Mohamed Driss, Fadhel Jaziri , Raouf Ben Amor, Mohamed Kouka, Moncef Souissi…de ceux qui sont venu après on trouve Raouf Bren Yaghlène, Fathi El Haddaoui, …mais pour ceux d’aujourd’hui je trouve que certains à part quelques uns comme Lotfi El Abdeli, Mohamed Ali Boujemâa, Dali Nahdi, il leur manque beaucoup de formation .
-          Comment les spectateurs perçoivent les pièces théâtrales faites en langue française/ Arabe ?  
Vous visez « Art »par votre question ? Elle a été bien approuvée par le public et elle a eu beaucoup de succès, d’ailleurs ce n’est pas pour la première fois que je joue et que je monte des pièces en français et qu’elles connaissent une telle réussite, c’est le cas de « l’étranger » d’Albert Camus en 1999 par exemple, qui a été appréciée aussi, et elle a été diffusée près de 55 fois , elle a même fait une tournée dans toute la Tunisie.
 puis avec Mohamed Kouka et Moncef Suissi on a pensé à faire une pièce en langue arabe avec Ezzeddine Madani pour faire bouger la production du théâtre, et surtout que nous sommes le seul pays arabe qui n’en fait pas ces derniers temps, c’est pas du travail classique, mais de notre coté on essaye d’innover, de varier pour réanimer la place théâtrale, comme Fadhel Ejaibi qui lui aussi de son côté fait beaucoup bouger les choses !
Il faut que cela bouge, ce n’est pas une question de génération mais une question de vie ou de mort.*

Notre identité culturelle a toujours puisé sa force dans la MODERNITE.

lire la biographie de Mr hichem Rostom 

Mr Hichem Rostom vous souhaite la bienvenu à notre site en vidéo                                 


Auteur interviewvé par Rim Sassi

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